Lorsque la presse annonce sa mort par assassinat en 1971, Cornbread apporte un démenti cinglant qui résume à lui seul l’envergure libertaire du personnage. Il tague le mémorable « Cornbread lives » sur le flanc d’un éléphant du zoo de Philadelphie où il s’était invité en toute illégalité.
Si Taki183 est incontestablement à l’origine de l’émergence en masse du graffiti à NYC, Cornbread est probablement le premier à avoir tagué son nom dans une ville américaine. Moins tentaculaire donc plus confidentielle que New York, Philadelphie n’imagine pas encore qu’elle abrite la légende Darryl McCray.
C’est au cuisinier de la cantine de la maison de redressement où il a passé l’essentiel de son adolescence qu’il doit son surnom « pain de maïs », gourmandise populaire qu’il réclamait sans cesse au maitre-queue des lieux. Darryl saute à pieds joints sur l’occasion en écrivant son blaze sur toutes les surfaces à portée de sa main prolifique de la maison de pénitence.
Déchiré par un chagrin d’amour dont il ne se remet pas, Cornbread, libéré en 69, persiste à déclamer sa fougue à sa chimère en taguant Philadelphia City sous tous ses angles. Voitures de police et gratte-ciels compris. Sa signature, reconnaissable entre toutes grâce à la couronne qui surmonte son B, le propulse au rang de légende rebelle.
Suite à ses frasques pachydermiques, Darryl reçoit des commandes de défis. Peindre son tag sur l’avion privé des Jackson Five par exemple. Mission alternative qu’il remplit à la barbe d’un service de sécurité dont l’esprit de fantaisie n’est pas la vertu première.
Aujourd’hui rangé des grosses américaines, de la dope et de la violence, Cornbread, père de dix enfants, promotionne son art dans les écoles où il en profite pour évoquer « Cry of the city », long métrage entièrement dédié à sa vie et son œuvre.